post 04 remplir le puits

Un dimanche après‑midi. J’ouvre une boîte où j’entasse des choses bizarres : un ticket de ciné froissé, un morceau de tissu bleu roi, une carte postale d’un musée, une plume trouvée au bord d’un chemin. Rien d’utile en apparence. Pourtant, en les touchant, je sens une nappe d’eau souterraine remonter. C’est ça, « remplir le puits » : recharger la source, doucement, sans projet, pour que la créativité ait de quoi boire quand la sécheresse arrive.

Le puits se remplit par capillarité. Un parfum d’atelier de peinture. Un mot entendu au café. Un rayon d’orange sur un mur gris. Je collecte sans juger : photos, sons, phrases, textures. Je ne demande pas « à quoi ça sert ? » Je laisse les matériaux faire leur travail en coulisses. Plus tard, au moment d’écrire, d’argumenter, de décider, tout se relie. Comme si le puzzle savait déjà où aller.

Si tu es manageuse ou manager, tu pourrais croire que c’est une perte de temps. En réalité, c’est du carburant. Un puits plein, c’est une réunion de lancement avec des exemples concrets, une vision qui parle au cœur, des métaphores qui embarquent, des solutions moins compliquées. Tu rentres dans la semaine avec une palette plus large. Et une palette plus large, c’est plus de chances de peindre juste du premier coup.

Mon mode d’emploi express : accorde‑toi un « safari d’images » de 30 minutes par semaine. Solo, écrans éteints. Va toucher des matières (bois, métal, soie), écouter des timbres (orgue, guitare sèche, ronron d’imprimante), regarder des nuances (bleu canard, ocre, corail), goûter un truc inconnu. Note trois sensations et une phrase. Crée une bibliothèque sensorielle : un dossier de photos, une playlist qui te met en état de flow, une page de citations. Ca t’apporte : de la clarté, de l’audace, des idées concrètes.

Dans ma pratique, ce puits m’a sauvé plus d’une fois. Un lundi sec comme un désert avant une présentation, je me suis souvenu d’un tableau vu la veille : grands aplats, très peu d’éléments. J’ai coupé 40 % des slides. Résultat : un message clair, une équipe attentive, une décision prise en commun en trente minutes. L’inspiration ne tombe pas du ciel, elle remonte du puits que tu entretiens.

Je ne prétends pas que chaque collecte change ta vie. Mais, jour après jour, tu renforces un réflexe : sentir, capter, garder. Il te rend prête/prêt à créer quand d’autres se bloquent. Nourri·e, tu deviens plus simple, plus précis·e, plus vivant·e.

Dans le prochain post, on cesse de flirter avec l’idée de « signer le contrat » — t’engager concrètement sur 12 semaines pour que ton artiste intérieur sache que tu es sérieux/sérieuse. Prêt·e à sceller le pacte ?

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