post 02 rendez vous dartiste

J’ai mis le téléphone en mode avion et je me suis donné rendez‑vous… avec moi. Pas pour « performer ». Pour jouer. J’ai descendu une rue qui sentait le pain chaud, traversé un square où la lumière faisait des taches de miel, et je suis entré dans une petite librairie‑papeterie. Des crayons alignés comme une fanfare, des carnets qui crissent quand on les ouvre. J’ai pris un feutre, un mini carnet, et je suis allé m’asseoir au bord d’une fontaine. Pendant vingt minutes, j’ai gribouillé des formes sans objectif. Le vent a tourné, mon front s’est défroissé. J’ai senti l’envie revenir, comme une étincelle sous la cendre.

Le Rendez‑vous d’artiste, ce n’est pas un luxe capricieux. C’est une hygiène. Une fois par semaine, en tête‑à‑tête avec ton artiste intérieur, sans enfant, sans collègue, sans « il faut, je dois ». Deux heures si tu peux, trente minutes si c’est tout ce que tu as. Le but : nourrir la curiosité. Voir des couleurs, toucher des matières, écouter une musique au casque, visiter une expo, arpenter un marché aux puces, tester un atelier céramique, goûter un parfum inconnu. Et surtout : y aller seul, pour entendre ton propre désir.

Je t’imagine, manageuse/manager, lever un sourcil : « Je n’ai pas le temps. » Moi non plus. Mon contrôleur interne agite son tableau Excel : ROI ? KPI ? Pourtant, chaque fois que je m’accorde ce rendez‑vous, je reviens avec mieux que des chiffres : un regard frais. Une question qui débloque une réunion. Une idée simple pour clarifier la roadmap. Un angle créatif pour embarquer l’équipe. Jouer, c’est relancer la machine à liens. Un cerveau qui relie mieux… décide mieux.

Concrètement : ouvre ton agenda et bloque un créneau. Prête/prêt à faire sourire ta part enfant ? Fixe un mini‑budget (10 € font l’affaire). Éteins les écrans. Et suis un caprice innocent. Entre dans un musée « pour voir », commande un sirop juste pour l’odeur d’été, feuillette des livres d’art sans projet, photographie la ville à hauteur de genoux. Laisse‑toi étonner. Laisse‑toi manquer d’utilité. C’est précisément là que l’utile se prépare.

Je ne prétends pas que la magie tombe à chaque fois. Parfois, tu ne ramènes qu’un ticket froissé et un sourire discret. Mais ce sourire change la texture de ta journée. La réunion de 15h devient plus souple. La conversation délicate devient possible. Parce que jouer ré-oxygène ton courage.

Cette semaine, j’ai repris un rendez‑vous d’artiste et j’ai ramené une question qui vaut de l’or : « Et si on simplifiait encore ? » Elle m’a rendu présent. Je crée mieux, j’écoute mieux, je mène mieux.

Dans le prochain post, on met le corps en cadence : je t’emmène marcher pour écouter à ciel ouvert — la Promenade, ce rituel qui résout sans forcer. On part ?

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