fous chantants

Le jour où je suis devenu fou, c’était un samedi soir.
Dans une arène. Sous les projecteurs.
Entouré de mille autres voix.
Laisse-moi te raconter comment j’en suis arrivé là.

Deux ans avant, j’avais vu le spectacle des Fous avec Jean-Louis Aubert.
J’étais venu voir Jean-Louis Aubert !
J’étais tombé à la renverse. Jean-Louis Aubert aussi, je crois.

Donc, dans la foulée, je me suis inscrit !
Après l’annonce de l’artiste, j’ai demandé à annuler mon inscription. C’est possible chez les Fous !

Pour cette année, je me suis inscrit à nouveau.
Zazie !
L’effet que ça m’a fait à l’annonce de l’artiste.

Et me voilà au début de la semaine. 

Mille voix. Mille frissons. La gifle !

Premier jour. Mille choristes. Mille regards curieux. Presque mille partitions en main.
Et moi au milieu. Mi-intimidé, mi-excité.
On attaque direct par un filage complet des 20 chansons avec tous les pupitres.
Les premières notes s’élèvent et je ne suis plus spectateur. Je suis dans le corps d’un animal choral immense.

C’est comme si je revenais en enfance.
Quelques minutes plus tard… je panique.
« Attends, c’est quoi ce rythme ? Cette modulation ? Pourquoi les personnes autour de moi lisent ça avec une facilité déconcertante ? »
Je me sens largué. Ma gorge se serre. Mon voisin de droite me tape sur l’épaule :
« T’inquiète, moi aussi je rame… mais, ensemble, on y arrivera. »
Et là, je reprends confiance.

Aux armes citoyennes. Premier uppercut !

2 jours plus tard, viens ce moment.
On commence Aux armes citoyennes.
Et moi, je prends conscience des paroles chantées par les alti et les soprani.

Je suis submergé par l’émotion.

Je suis bloqué.
Impossible de commencer à chanter la partie des basses.
Tout remonte. Larmes. Souvenirs d’images vues. Injustices criantes enfouies. Culpabilités tues.
J’écoute le chœur. Je suis tellement ému…
Et je ne suis pas seul. À droite, un « grand costaud » s’essuie discrètement les yeux. A gauche une main se pose sur mon épaule.

On est là pour ça, non ? Pour se laisser traverser. Pour vibrer avec le monde. Pour se rappeler qu’on est vivant(e)s, humain(e)s.
Et peu à peu, ma voix revient. Fragile, mais pleine.

Comment avais-je pu passer à côté ?
J’avais connaissance des souffrances imposées aux femmes par des hommes. Mais, de façon unitaire : des lapidations, des brimades, des oppressions, des privations de liberté, des emprisonnements arbitraires, etc.
Cette chanson en regroupe la grande majorité.

Je me suis dit qu’il fallait en faire un hymne pour que les hommes arrêtent ; peut-être, en se disant qu’ils ne feraient pas ça à leur mère.

La voix dans les tripes, les larmes en embuscade. Deuxième uppercut !

Les chansons s’installent dans mon corps.
Je les entends même sous la douche. Je les fredonne en dormant.
Et à un moment, sans prévenir, Je suis un homme me prend de plein fouet.

Je chante. Et je me retiens de pleurer en chantant.
Une vraie montée. Gorge serrée, voix qui vacille.
Et juste après, dans l’atelier sur le chant vocal, l’intervenant dédramatise à grand coup de blagues. Toute la salle rit.
C’est ça, Alès. Une émotion te fait chavirer, l’autre te ramène à la surface en éclatant de rire.

La Terre

Cette Terre que nous tuons pour des profits inutiles.
Pareil, je n’avais pas conscience de l’engagement de Zazie pour notre planète.
Un medley divinement adapté par les Chef(fe)s de Cœur m’a bouleversé.

Il met en place un échange avec les enfants. Et oui, chez les Fous, il y a aussi des enfants qui chantent.

Il y a urgence à nous occuper de notre Terre.

D’autant que, depuis le 25 juillet, nous puisons dans des réserves qui ne se renouvelleront pas.
Autant dire que les enfants quelques reproches à nous faire !

Elle entre. Et tout s’arrête.

Zazie.
Elle entre sous chapiteau où nous répétons.
Cheveux flous, regard franc, silhouette d’oiseau libre.

Nous lui chantons « Aux armes citoyennes »

Elle nous écoute. Elle est émue. Elle dit « merci ».

Et là : fierté absolue.
Je suis en train de chanter pour une artiste dont j’aime les chansons. Et, je me sens légitime.

Le soir, c’est la générale. La partie avec Zazie me met en feu !
Et puis, il faut dérouler tout le spectacle…

Le découragement m’envahit. Tout ça pour quelques erreurs…
La fatigue sûrement.

Le grand saut.

C’est le premier soir aux Arènes.
On entre. Mille choristes. Mille visages concentrés. Mille respirations profondes avant le grand saut.
Le public est là. Presque 4 000 personnes. On les sent. On les entend. Ils nous portent.

Les projecteurs s’allument. Et le silence juste avant la première note est plus fort que tout ce que j’ai connu.
Puis la musique démarre. Et tout se dilate.

On chante Tout le monde.
Zazie nous rejoint sur scène.

Et ce soir-là, je ne suis pas parfait. Je suis vivant.
J’ai tremblé. J’ai craqué. Mais j’ai chanté. Avec tout ce que je suis.

Quand tout se termine, je suis vidé.
Pas vidé comme après un marathon.
J’ai juste laissé quelque chose sur la scène.

L’incandescence.

Deuxième soir. Même lieu. Même tenue.
Mais pas du tout la même énergie.
Ce soir, on sait.
On n’espère plus. On vit.

Dès les premières notes, je sens que tout le monde a lâché les freins.
On ne chante plus pour être juste. On chante pour être vrai. Pour brûler.

Et Zazie entre sur scène.

Elle ne marche pas. Elle danse. Elle plane. Elle rayonne.
Elle est avec nous. Elle EST nous.

On entonne Aux armes citoyennes dans une vibration collective inouïe.
Plus de larmes. Juste une puissance. Une révolte sans cri. Une lumière.
Je ne chante plus. Je partage ma tendresse. Ma foi en l’humain. Ma rage d’aimer.

Et le rappel…
Speed
Le public debout. Nous debout. Le monde debout.

Ce n’est plus un concert.
C’est une transe.
Une célébration.
Un feu sacré.


Une folle semaine chez les Fous.

Une semaine suspendue.
Un souffle collectif.
Mille voix. Mille frissons.

Des bénévoles tellement empathiques. Je me suis surpris à penser que le monde est comme eux.

J’ai rencontré de belles âmes ; Trois en particulier !

J’ai été subjugué par l’alignement des Chef(fe)s de cœur avec leur mission. Par, leur approche pédagogique. A tel point qu’elle pourrait servir de modèle…

J’ai chanté jusqu’à oublier le temps.
J’ai pleuré sans comprendre pourquoi.
J’ai ri au milieu des basses.
J’ai perdu ma voix… et je me suis trouvé.

Zazie nous a pris(es) par la main, sans chichi, sans distance.
Elle a chanté avec nous. Avec son cœur.

Pendant les répétitions et dans les Arènes, j’ai touché quelque chose de rare : une humanité rassemblée.

Ce n’était pas un concert.
C’était une traversée.
Je ne suis plus le même.

Une belle leçon d’humanité

Ce que cette semaine m’a appris, ce n’est pas juste à mieux poser ma voix.
C’est à écouter.
À laisser tomber le masque, la perfection, le contrôle.

J’ai vu mille inconnu(es) s’ouvrir, rire, pleurer, se soutenir.
J’ai vu une artiste nous donner la main.
J’ai vu l’humain dans ce qu’il a de plus beau : vulnérable, vibrant et solidaire.

Aux Fous Chantants, on ne chante pas pour briller.
On chante pour relier.
Dans ce monde qui court, qui crie, qui divise…
Ca fait du bien de vivre, ne serait-ce qu’une semaine, dans un endroit où l’harmonie est un choix collectif.

C’était une leçon d’humanité.
Et je repars plus vivant. Plus doux. Plus fort.

J’ai oublié de te dire : ça se passe en juillet à Alès en Cévennes.

https://www.fouschantants.org/
https://www.facebook.com/fouschantants

 

Et Après.

C’est terminé pour cette année. Mais en moi, tout continue.

3 jours après je continue à chanter. Même en dormant.

Je ne chanterai plus jamais comme avant.
J’apprendrai les textes par cœur pour mieux les incarner.
Je ne vivrai plus jamais comme avant.

Tu veux vivre ? Chante. Il parait que St Augustin a dit : « chanter c’est prié deux fois »
Tu veux vibrer ? Viens.
Tu veux pleurer de joie et rire la seconde d’après ? Chante encore.
Avec les Fous.

🎵💥

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