Jeudi, 12h32. J’ai fermé l’ordi, mis le téléphone en mode avion, et je me suis donné rendez‑vous… avec mon artiste. Pas pour « produire ». Une boutique de beaux‑arts comme une bonbonnière. J’ai choisi des craies grasses au hasard, puis je suis allé m’asseoir sur un banc. Pendant vingt minutes, j’ai griffonné des formes bizarres. Rien d’utile. Pourtant, en moi, quelque chose s’est remis à pétiller.
Le Rendez‑vous d’artiste n’est pas un loisir culpabilisant : c’est une éthique du jeu. Une fois par semaine, en tête‑à‑tête, sans collègue ni ami, tu offres à ton système nerveux un bain d’étonnement. Regarder des affiches, toucher des matières, goûter un parfum inconnu, visiter un atelier, faire un détour par un musée gratuit. La curiosité qui remonte, la vision qui s’éclaircit, le courage qui se détend. Au bureau, ça devient une idée simple qui débloque la réunion, un récit plus vivant pour rallier l’équipe, un choix de simplification évident.
Mode d’emploi minimaliste :
1) Bloque 45–90 minutes dans l’agenda (nomme‑le « RDV A. »).
2) Fixe un mini‑budget (10–15 € suffisent).
3) Va seul·e.
4) Fais trois choses : voir, toucher, noter.
5) Reviens avec une preuve : une photo, une phrase, un petit objet, une question.
Ce rituel ne « sert » à rien sur le moment ; il irrigue tout le reste ensuite.
Je te vois, manageuse ou manager, lever un sourcil : « Et le ROI ? » Mon contrôleur interne posait la même question. Depuis que je tiens ce rendez‑vous, j’observe des effets mesurables : je coupe plus facilement 20 % d’une présentation, j’ouvre des réunions par une image concrète qui capte l’attention, je prends des décisions plus sobres. Jouer, c’est relancer la machine à liens ; un cerveau qui relie mieux décide mieux.
Dans ma semaine, le jeu devient une discipline : un carnet de trouvailles (couleurs, textures, phrases), une playlist qui m’ouvre le thorax, un petit musée de poche sur mon bureau (un galet, un ticket, une carte). Les jours secs, j’y puise comme on boit de l’eau. Et je me rappelle que la créativité n’est pas une performance : c’est un état nourri par l’émerveillement.
Je ne promets pas des éclairs à chaque sortie. Parfois, tu reviens avec un ticket froissé et un sourire. Mais ce sourire change le grain de ta journée. Ton équipe le sent : ta présence est plus souple, ton leadership plus précis parce que plus vivant.
Demain, offre‑toi un détour inutile. Laisse ton artiste respirer. Tu verras : l’utile reviendra par la grande porte.
Dans le prochain post, on remet les pieds dehors : la Promenade, cette résolution « à ciel ouvert » qui fait avancer les dossiers sans forcer. On part marcher ensemble ?
Lien vers les articles : https://devenirgenial.com/la-creativite/

/ La créativité / Par
François Jové